
La RD Congo au seuil d'une nouvelle crise politique à quelques mois des élections
CONGO (RDC) - 2 mars 2006 - AFP
Le président de l'Assemblée nationale de République démocratique du Congo (RDC), Olivier Kamitatu, a qualifié de "coup de force" sa tentative d'éviction par un député du Mouvement de libération du Congo (MLC) et mis en garde contre une crise politique à quelques mois des élections.
Olivier Kamitatu a dénoncé jeudi soir depuis don bureau de l'Assemblée un "acte excessivement grave d'atteinte à l'Etat de droit et à la liberté".
Plus tôt dans la journée, le député du MLC Thomas Luhaka s'était présenté à l'Assemblée accompagné d'hommes en civil armés pour prendre possession du poste de président, s'appuyant sur un récent arrêt de la Cour suprême de justice.
Dans cet arrêt, rendu le 24 février, la Cour indique que les postes parlementaires ont été attribués par quotas aux différentes composantes politiques de la transition congolaise et qu'un parlementaire ayant quitté sa composante "ne peut continuer à siéger ou à exercer ses fonctions".
Cet arrêt vise près d'une centaine de parlementaires ayant quitté leur parti et notamment M. Kamitatu, qui a été exclu du MLC en décembre.
M. Luhaka a tenté sans succès de pénétrer dans le bureau de M. Kamitatu, qui était fermé à clé en l'absence de celui-ci.
"Nous sommes venus prendre possession du bureau (du président de l'Assemblée). Nous avons trouvé le bureau fermé et nous allons en référer aux autorités compétentes", a déclaré M. Luhaka à la presse avant de quitter l'Assemblée.
M. Luhaka, qui se dit mandaté par son parti, a affirmé jeudi soir avoir écrit au procureur général de la République.
"Nous lui avons demandé de prendre toutes les dispositions nécessaires pour nous permettre de travailler. Nous n'avons pas pris de force le poste, il nous revient de droit comme l'a rappelé l'arrêt", a-t-il déclaré.
Il a justifié la présence d'hommes armés à ses côtés pour assurer sa "propre sécurité".
De son côté, M. Kamitatu dénonce "la précipitation avec laquelle le MLC réagit à la suite de cet arrêt" et affirme que l'Assemblée nationale "n'a été saisie à ce jour d'aucune requête en invalidation d'un quelconque député".
"Je tiens donc à dénoncer et à condamner avec la plus ferme énergie ce genre de pratiques anti-démocratiques qui visent à ruiner la poursuite de la transition vers des élections libres, crédibles et transparentes", a-t-il ajouté.
Plusieurs parlementaires ont dénoncé eux aussi un "coup de force", tandis que des diplomates jugeaient "inacceptable" l'attitude du MLC.
Une application stricte de l'arrêt conduirait, selon les règlements intérieurs du Sénat et de l'Assemblée, à demander aux formations politiques de présenter de nouvelles listes de parlementaires pour remplacer les sortants.
"Il n'appartient qu'à la plénière du Parlement, seul organe compétent, de valider ou d'invalider des mandats. Ce qui vient de se passer risque de créer une crise institutionnelle dont on n'a pas besoin à la veille des élections", a déclaré à l'AFP le député Omer Ntumba, ex-membre du MLC.
Pour un diplomate à Kinshasa, "ces gesticulations sont vouées à l'échec et apparaissent sonner le chant du cygne du MLC, qui s'est délibérément placé en marge de la légalité".
Mais pour un observateur des Nations unies, "s'il est évident que le MLC ne respecte pas les procédures de l'Assemblée, on ne peut pas l'accuser de ne pas avoir une base légale, ce que l'arrêt de la Cour, saisie par le chef de l'Etat, lui a donné".
Jeudi soir, la présidence de la République n'avait fait aucun commentaire sur cette affaire.