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Posté par webmaster le 09/11/2006 (1486 lectures)

LOME, le 8 novembre 2006 

La suspension d'une subvention VIH du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme pourrait mettre en danger la vie d’au moins 24 000 personnes séropositives, ont prévenu les ONG Togolaises.

«C’est la galère totale, nous sommes désemparés», a confié Augustin Dokla, président du Réseau des associations de personnes vivant avec le VIH/SIDA, le RAS+. «Environ 18 000 personnes attendent un traitement aujourd’hui et la vie de 6 000 patients sera en jeu d’ici les deux prochaines années. Aucune nouvelle mise sous traitement n’est possible pour le moment.»

En janvier dernier, le Fonds mondial, grâce auquel le Togo peut proposer des traitements antirétroviraux (ARV) aux malades porteurs du virus, a gelé l’une de ses deux subventions VIH d’un montant de 14,1 millions de dollars américains sur une période de trois ans, en invoquant des «irrégularités» dans la gestion des fonds par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud).

«Le Fonds mondial a annoncé qu’il ne renouvellerait pas sa subvention à cause de la qualité des données qui lui ont été fournies», a expliqué Rosine Coulibaly, représentante résidente du Pnud à Lomé, contactée par téléphone par IRIN/PlusNews.

En 2003, l’agence onusienne a été nommée bénéficiaire principal de cette subvention du Fonds mondial, qui appuie l’offre de traitements et de services contre le VIH au Togo.

Les désaccords persistent

L’audit financier qui a été effectué en début d’année ne fait état «d’aucune maladresse ni de détournement avéré de la part de l’agence», a souligné Rosine Coulibaly.

Selon Mme Coulibaly, le Fonds mondial a signalé des écarts de 20 pour cent entre les objectifs fixés et ceux qui ont été atteints, alors que la moyenne acceptable est de cinq pour cent.

Or, un audit financier mené cette année à partir des résultats présentés par le Pnud n’aurait «rien révélé de dramatique. Il semblerait que le Fonds mondial ait fourni des informations incorrectes au départ», a-t-elle affirmé. «Cela ne devrait pas influer sur la subvention, c’est une question de santé publique.»

Mme Coulibaly a ajouté que la livraison d’ARV en Côte d’Ivoire, en rupture de stock en 2005, n’avait que renforcé les doutes du Fonds mondial quant à la mauvaise gestion de la subvention. Les ARV, achetés grâce aux fonds de l’institution internationale, étaient censés rester au Togo.

«Les performances de la première phase n’ont pas été bonnes. Elle a pris fin en septembre, avant que nous ayons pu signer le lancement de la deuxième phase», a expliqué un responsable du Fonds mondial, basé à Genève en Suisse.

Quelque 11,5 millions de dollars ont été décaissés sur les 14,2 millions initialement prévus.

«Le Togo a la possibilité d’avoir accès à la continuation des services et des traitements pendant les deux prochaines années. Le Fonds mondial fera tout pour que les personnes sous ARV puissent continuer à être aidées», a-t-il ajouté sous le couvert de l’anonymat.

Aucune nouvelle mise sous traitement ne sera possible dans ce cadre, a précisé ce responsable.

Il a ajouté que le Fonds mondial «travaillera avec les autorités afin d’encourager une plus grande participation de partenaires financiers» dans la lutte contre le VIH/SIDA au Togo.

De vives inquiétudes

Au Togo, la subvention du Fonds mondial permet la mise sous traitement ARV d’environ 3 500 personnes ; les ONG locales et internationales prennent en charge 3 000 autres patients. Les associations estiment à 18 000 le nombre de personnes en attente d’un traitement.

Le Fonds mondial étant leur principal bailleur de fonds, les activistes affirment avoir interrompu une grande partie de leurs programmes d’assistance et de prise en charge des personnes séropositives.

«Nous n’avons travaillé que deux années sur les trois que comptait le programme, aucun financement n’ayant été versé depuis le mois de janvier. Nous avons été contraints à cesser la plupart des programmes financés par le Fonds mondial», a regretté Marc Mondji, président du Comité d'action pour la coopération internationale et l'épanouissement de la jeunesse (CACIEJ), une ONG qui fournit des traitements aux orphelins et aux personnes vivant avec le virus au Togo.

A mesure que les financements s’amenuisent, les programmes d’aide nutritionnelle, de soutien, de conseils et de dépistage volontaire se font de plus en plus rares, a déploré Marc Mondji.

Ainsi, les lignes vertes qui avaient été mises en place avec succès en 2005 et 2006 pour informer la population sur la maladie ont été fermées faute de financement, a-t-il dit.

«Il faut trouver une solution pour la nourriture, l’accompagnement psychosocial des patients, le dépistage et la prévention ; il faut que les lignes vertes reprennent leurs activités pour que tous les Togolais puissent accéder à un service d’information et de santé de qualité», a expliqué Marc Mondji.

Il a ajouté que la «principale préoccupation [des associations] est d’assurer le traitement des patients et de faire en sorte que les gens en attente de médicaments puissent en bénéficier. Tous les jours, nous recevons de nouveaux cas».

Un nouvel espoir… en 2007

Avec un PIB par habitant d’environ 310 dollars américains et une baisse de l’aide étrangère au cours des 10 dernières années, le Togo, à lui seul, n’a pas les moyens de lutter efficacement contre la propagation de l’épidémie.

Le gouvernement togolais consacre chaque année 291 000 dollars à la lutte contre le VIH/SIDA, une somme insuffisante pour répondre aux besoins de la population de ce petit pays d’Afrique de l’Ouest, a souligné Marc Mondji.

Le Togo, qui abrite 4,5 millions d’habitants, affiche un taux de prévalence de l’ordre de six pour cent. Dans certaines régions, les taux d’infection enregistrés parmi des groupes spécifiques d’individus à risques atteindrait 8,2 pour cent, a précisé le Pnud.

Selon le Fonds mondial, le Togo ne bénéficiera pas des nouvelles subventions pour la lutte contre le sida, approuvées la semaine dernière par le Conseil d’administration de l’institution lors d’une réunion au Guatemala. Dans le cadre de la sixième série d’octroi de subventions, le Conseil a approuvé 85 subventions pour un montant total de 847 millions de dollars.

Cependant, le responsable du Fonds mondial a indiqué que le Togo pourrait obtenir ces financements lors du septième cycle prévu d’ici les quatre prochains mois, et lors des cycles suivants.

«Les partenaires sont confiants, il y a une opportunité pour la relance de la coopération avec le Togo», a dit le responsable de l’organisme de financement. «Aujourd’hui, toutes les conditions sont réunies pour dynamiser nos relations, appuyer la recherche de nouveaux partenaires et assurer la continuité des traitements ARV.»



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