Dans le nord du Togo, la petite ville de Pya vit à son rythme, comme si le temps s'était arrêté le 5 février 2005. Rien n'indique que le pays va vivre dimanche des législatives importantes. Ce qui compte ici, c'est le souvenir de l'"enfant du pays", le défunt président Gnassingbé Eyadéma.
"Ici, nous ne voulons pas de bruit pour respecter la mémoire de notre +papa+", lance un jeune assis par terre avec des camarades en train de siroter du tchoukoutou, boisson locale à base de mil, dans de petites calebasses.
Au coeur du canton de la préfecture de la Kozah, Pya c'était un peu la seconde capitale du Togo, après Lomé, du temps d'Eyadéma, qui y venait régulièrement, notamment au moment du festival annuel de lutte traditionnel dans tout le Nord, les Evalas.
Gnassingbé Eyadéma, maître absolu du pays pendant 38 ans jusqu'à son décès, avait fait bâtir à Pya sa première maison et plus tard une résidence présidentielle perchée en haut d'une petite colline, d'où son surnom "La Butte", lieu de tous les adoubements... et de toutes les disgrâces.
Dimanche, près de trois millions de Togolais sont appelés aux urnes pour choisir 81 députés parmi 2.000 candidats issus de 32 partis politiques et de listes d'indépendants.
Mais à Pya, on n'a visiblement pas la tête à voter. "Les villageois sont toujours en deuil, car nous venons à peine de terminer les grandes funérailles de notre +papa+", affirme Kidéma, un notable de la localité.
Tous les villages de la région ont rendu en avril 2007 un hommage au général à travers le "Kigbeleng", la plus grande manifestation traditionnelle organisée à la mémoire des grandes personnalités au pays des Kabyès, l'ethnie du Nord.
Pas de caravanes politiques qui sillonnent les campagnes, pas de meeting tonitruant, de distribution de tracts. La campagne électorale n'est palpable qu'à de petites choses: quelques affiches des candidats du Rassemblement du peuple togolais, le RPT au pouvoir fondé par le "vieux" (le surnom d'Eyadéma), notamment de Kpatcha Gnassingbé, l'un des fils du général et actuel ministre de la Défense.
Dadanéma, elle, a choisi d'afficher la couleur en arborant un tee-shirt à l'effigie d'un autre fils: Faure Gnassingbé, l'actuel président. Mais tranquillement: à l'ombre d'un arbre, elle vend quelques tomates tout en rangeant les affaires de classe de ses enfants.
"Il est recommandé aux villageois d'observer le calme en signe de respect au défunt pour ne pas attirer la colère des génies", avertit Kabissé, un grand prêtre féticheur de Lahou.
"Mais cela ne veut pas dire que nous n'allons pas voter dimanche", relève l'un de ses élèves. "Au contraire nous sortirons massivement le jour du vote et nous plébiciterons le +maïs+", l'épi-symbole du RPT, "comme par le passé", proclame l'apprenti-féticheur.
Reste à savoir si, dans cette région acquise de tout temps au régime qui l'a "chouchoutée", ces consignes de calme tiendront avec les meetings de l'opposition, notamment du vieil ennemi historique d'Eyadéma, Gilchrist Olympio.