
Lomé, 12 Mai 2006
A Adidogomé, dans la banlieue nord-ouest de Lomé, Fo Gbèdè passe pour un amoureux de la boisson. Sexagénaire à la retraite, il aimait faire la vie, offrir des tours de table à ses amis. Nul ne savait d’où il trouvait les fonds pour entretenir ce train de vie.
Fo Gbèdè en est arrivé à une fréquence record chez Da Vodou (la tenancière du petit bar au rideau blanc), qu’il pouvait boire à X montants à crédit, faire boire les autres, fumer le nombre de bâtonnets de cigarettes voulus, et même effectuer des emprunts d’argent. Il lui suffisait de « remplir le cahier ».
Les amis saoulards, une fois satisfaits, pensaient que leur bienfaiteur réglait son dû, une fois sa pension touchée. Or, depuis que Fo Gbèdè avait perdu sa belle-mère, Da Vodou lui avait prêté 20.000 francs en plus de 5 litres de sodabi à crédit, contre son titre foncier mis en gage. L’homme qui n’a jamais réglé cette dette, en a plutôt profité pour faire des emprunts de plus bel. La brèche finira par consumer le terrain du retraité vicieux.
Sans crier gare, notre bonhomme multipliait les tournées entre amis à crédit, empruntait de l’argent, transformant le bar en une sorte de banque. Pendant ce temps, ses femmes et ses enfants (puisqu’il en a plusieurs) croupissent dans une misère indescriptible à la maison mis en gage à leur insu. Les interventions des belles-familles de Fo Gbèdè n’ont fait que mettre le feu aux poudres. Et comme l’eau qui tombe goutte à goutte remplit tôt ou tard la jarre, Fo Gbèdè s’est vu notifier un beau matin que ses dettes arrivaient presque à compenser la valeur de son terrain.
En effet, pour Da Vodou, l’occasion était bien cuite pour s’accaparer du lot. Il en ressort que le terrain avait une valeur marchande de neuf cent mille (900.000) F CFA. Un décompte rapide du cahier de crédit révèle qu’il restait à Fo Gbèdè de boire encore pour 50.000 F CFA et le compte y est ! En clair, en l’espace de 2ans, « l’ami du Kpètèchi » a bradé sa parcelle contre de l’alcool à hauteur de 850.000 F CFA.
Dès que les calculs sont tombés, « siplosky » (comme l’appellent affectueusement les enfants du quartier) qui croyait en une blague, tombe en syncope. Entre temps, dame Vodou fait déloger la famille de son débiteur et installe maintenant dans la maison conquise son petit bar au rideau blanc.
De retour de l’hôpital, Fo Gbèdè revient chez lui découvrir ce qui pour lui ne pouvait constituer une surprise. Ayant honte de rejoindre sa famille au village, il supplia Da Vodou de le garder dans la maison contre de menus services à lui rendre. C’est ainsi que Fo Gbèdè, autrefois propriétaire, est devenu serviteur dans sa propre maison à cause du sodabi.